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// PORTRAIT//  S.Pri Noir : "L'héritier de l'Est-Paris" 

 

« J'ai de la force pour les frères, où est mon trône ? Retour aux pyramides, nique les clones. ».

Flashback : au milieu des années 90, les X-Men, groupe mythique, tout droit sorti du quartier Ménilmontant, véritables fers de lance de l'écurie Time Bomb, débarquent dans le rap français, en imposant un combiné de rimes, styles et flows inédits, rarement (jamais ?) égalés depuis. Ce faisant, Ill & Cassidy placent d'emblée le 20ème arrondissement au sommet du rap français, traumatisant au passage toute une génération de rappeurs et d'auditeurs : « X-Men, Menilmontant, 20 ème... Dieu a béni mon clan ! ». A peu près à la même période, le collectif ATK, dont quelques membres sont originaires du même secteur, commence à faire parler de lui. Inévitablement, ce tsunami musical a laissé des séquelles dans les ruelles de l’Est parisien et les nombreux quartiers qui l’habitent se sont imprégnés de cette atmosphère, faisant ainsi de cet arrondissement l'un des hauts lieux de la capitale du Hip Hop français. Logiquement, les années suivantes ont donné naissance à de nombreux rappeurs, aux styles divers et variés, déterminés à défendre à leur tour les couleurs de leur zone : les TTC, Joe Luccaaz, Seven, puis plus récemment H-Magnum, Bilel, Rabah, et bien d'autres. Dans ce flot de MC's, deux jeunes rappeurs se sont particulièrement distingués ces derniers temps : les membres de la Nouvelle Ecole, Still Fresh et l'homme que l'on nomme S.Pri Noir.

LE RAP, UN HASARD !

S.Pri Noir, 24 ans, possède un parcours plutôt atypique. Alors que de nombreux MC's écrivent leurs premières rimes à peine sortis de l'école primaire, lui ne posera son premier texte qu'à l'âge de 19 ans, par pur hasard. Son cousin Blam, déjà dans la musique depuis quelques temps, l'invite à l'accompagner en studio, et lui propose par la même occasion d'apparaître sur le son. Une grande première pour S.Pri qui n'avait jamais pensé à rapper et pour qui le studio était quelque chose d'inaccessible, uniquement réservé aux têtes d'affiche : « A cette époque, j'étais à fond dans le foot, très loin du rap. Dans ma tête, j'imaginais le studio avec une énorme table de mixage, un truc vraiment cainry quoi ! », plaisante-t-il. « Par curiosité, j'ai accepté. Mon cousin m'avait demandé un 16 mesures, je suis arrivé avec 32. Je n'avais vraiment aucune notion de ce qu'était un couplet. ». Malgré ces lacunes, ou plutôt ce retard, S.Pri cale bien son flow sur la prod, et rappe dans les temps, de façon innée. Il surprend son entourage, mais se surprend surtout lui-même. Assez fier du résultat, il fera écouter le morceau dans son quartier d'origine, Simplon dans le 18ème, puis chez lui à Fougères (il déménage dans le 20ème à l'âge de 12 ans). Il obtient d'assez bons retours, de quoi l'encourager à continuer dans cette voie. Quelques amis suivent son impulsion et se mettent eux-aussi à écrire et poser, sans aucune prétention. Au bout de quelques mois, S.Pri enregistre le morceau « Charmeur de Serpent », en compagnie d'ADR et Soso, qui marque un véritable tournant dans son évolution. Le son tourne au quartier et est validé à l'unanimité, aussi bien par les jeunes que par les plus grands : il rencontre alors son premier succès d'estime. A cette époque, le quartier Fougères ne possède aucun rappeur, ce succès n'est donc pas une mince affaire. Un des grands du quartier, Xa, se rapproche d'S.Pri et commence indirectement à le « manager » : « Xa a commencé à s'occuper de nous, à nous amener au studio, pour nous rendre service. Si on avait joué au foot, il aurait pu nous acheter des crampons. Ça partait vraiment d'un bon sentiment ». Grâce à cette aide extérieure, les séances studio se feront de plus en plus fréquentes, mais S.Pri ne nourrit pas des ambitions démesurées pour autant : son unique but est de prendre du plaisir et d'être reconnu comme un bon rappeur. Loin de lui l'idée d'en faire son activité principale.

NOUVELLE ECOLE : N.E.

Pourtant, un beau jour, l'aventure prend une toute autre dimension : « C'était en 2007 je crois, lors de la fête du quartier, soit l'occasion pour nous de faire un petit concert devant nos potes. On était sur scène, et j'ai demandé si quelqu'un voulait se joindre à nous et rapper. ». C'est le moment que choisira Still Fresh, alors âgé de 13 ans, pour prendre le micro et faire une apparition pour le moins remarquée. L'histoire est en marche, les deux MC's ne se lâcheront plus. Moblack, grand frère de Fresh, rejoint Xa pour assurer la partie management et sans le savoir, nos quatre compères viennent de créer l'équipe que l'on connaît désormais sous le nom de « Nouvelle Ecole ». A cette époque, ils ont pour habitude d'enregistrer chez DJ Sado (DJ de Seven, rappeur du XXème également), et c'est lui qui convaincra Xa et Moblack de « professionnaliser » la chose, pour peut-être espérer voir plus loin. Car il s'est bien rendu compte qu'il avait là deux MC's au talent inné, qui ne demandaient qu'à être plus encadrés. Les managers décident donc de s'associer au studio Quantizers à Bastille, alors tenu par Tarik (Marché Noir,) Jack Beuh'r et Franck, qui ne sont autres que les producteurs de Sidi Omar et Boramy. Fresh et S.Pri pourront alors progresser dans de bonnes conditions, sans avoir à se soucier de l'aspect financier engendré par le studio. S'il ne calcule toujours rien, S.Pri a tout de même conscience que sa musique pourra être diffusée à une échelle plus large. Ses aspirations évoluent : sa source de motivation est désormais d'être validé par les autres rappeurs et les gens du milieu.

L'INSTITUT FRAPPE À LA PORTE !

En 2009, une rencontre va déterminer la suite de sa carrière : celle d'Abou2Being, membre du célèbre collectif de Paris intra-muros, L'Institut. Abou se rend régulièrement au gymnase de Fougères et demande aux jeunes du coin si quelqu'un rappe dans le quartier. On le dirige naturellement vers S.Pri. Dès leur rencontre, les deux MC's échangent quelques couplets et accrochent tout de suite. Abou lui propose de rencontrer sans plus attendre les membres de son collectif, dans leur lieu de prédilection : la 9ème zone. « Je m'y suis rendu le lendemain, et là j'ai pris une grosse claque. Les mecs sont dans un délire qui n'existe nulle part ailleurs en France, c'est culturel : ils sont tout le temps en train rapper, à chaque fois qu'ils se voient, pendant des heures. La première fois que j'y suis allé, il y avait tout le monde : la Sexion, les membre de L'Institut, Abou Tall, etc. Ça freestylait dans tous les sens. J'ai commencé à y trainer de plus en plus régulièrement. J'y allais pour me vider la tête, pour entendre des kickeurs et essayer mes nouveaux textes. », m'explique-t-il. « Ils m'ont ensuite proposé d'intégrer le collectif. Cette proposition a même été appuyée par A.D. et Lefa. J'ai accepté sans même réfléchir. » Car le paradoxe, c'est que malgré l'ascension de la Sexion et la perspective d'avenir dans le rap grandissante, personne ne se prend au sérieux. Ça kick dans l'ombre, des nuits entières, par pur plaisir. Des médias gravitant autour, tel que Daymolition, filment leurs freestyles et les diffusent sur leurs sites. Cela contribuera à faire monter le buzz, à tel point que la nouvelle tombe : L'Institut va signer chez Wati-B.

S.Pri, toujours chez Nouvelle Ecole se retrouve confronté à un dilemne : poursuivre avec ses « frères » de la Nouvelle Ecole, ou continuer l'aventure avec ses potes de L'Institut. Question vite élucidée : même s'il s'accomplit en tant que MC au sein du collectif, lâcher ses « grands » pour le WA est inenvisageable, surtout que Fresh avance de son côté et s'apprête à sortir la « Fresh tape » : « Les choses ont forcément changé, car une signature implique un aspect business qu'on ne peut pas négliger. Quelque part, cette signature nous a dépassés. », me confie-t-il. « Une fois signé, tu ne peux plus poser avec qui tu veux, il y a un boss, des attentes. J'ai donc fait un choix, mais je suis toujours en très bons termes avec les gars. On se voit souvent, ils ont posé sur ma tape et j'ai posé sur la leur. ».

« Fresh Times »

S.Pri choisit donc d'épauler son « petit frère » pendant son ascension, quitte à être plus en retrait. Car la tape de Still Fresh a bien buzzé et lui a permis d'obtenir une signature chez Sony pour y réaliser un album. L'aventure « Mes rêves » commence alors : « Pour moi, Fresh est un petit génie. Quand tu vois tout ce qu'il a accompli malgré son jeune âge, la maturité qu'il a, c'est dingue. ». Véritable soldat de la Nouvelle Ecole, S.Pri travaillait déjà sur sa net tape (finalement sortie en février 2012), qu'il décide de mettre en stand by, le temps de sortir le street album du petit reuf. Vous l'aurez remarqué, sa carrière est faite d'étapes. La promotion de ce projet en est une nouvelle, tout particulièrement la semaine Planète Rap : « On ne réalisait pas. On s'était toujours dit qu'on s'en battait les c...... du rap, et on s'est retrouvés à faire une grosse émission sur la plus grosse radio de France. ». Pour être honnête, les prestations live d'S.Pri n'auront laissé personne indifférent. Jusqu'ici surtout connu des initiés, il a l'occasion d'exposer toute sa technique et son flow aux oreilles et aux yeux du grand public, la plus grosse session live ayant été filmée par les caméras de Booska-p. Surtout que Fresh, pas encore majeur, réalise mine de rien quelque chose d'énorme pour le rap français : il réunit sur un même freestyle toutes les têtes montantes du mouvement, en la personne de Sultan, Fababy, Sadek, Rabah, Jarod, Abou2Being, Amy, etc. N'allez surtout pas crier au coup marketing, car hormis la rappeuse du 94, aucun de ces MC's n'était réellement exposé à ce moment-là : « Ce qu'a fait Fresh, c'est un truc de fou. Si certains d'entre nous explosent plus tard, ce freestyle sera sûrement pris pour référence et les gens pourront dire « Ah ils ont rappé tous ensemble ! ». ». Un peu à la manière des freestyles chez Générations 88.2 à la fin des 90's ? L'avenir le dira ! Toujours est-il qu'S.Pri, « en mode guerre » pour reprendre ses termes, laissera une forte impression, à l'issue de cette séance : du flow, des phases, de l'attitude, tout ce qui caractérise son style. « Si c'est ce que tu penses, ça me fait plaisir ! », rigole-t-il. « Car on s'était conditionnés, il fallait prouver ! Puis, je te cache pas qu'après ce freestyle, j'ai senti un changement. ». Contacté par La Fouine pour poser sur Capitale du Crime 3 avec Fresh, puis par Fif et Amadou pour la Booska Tape, S.Pri est pas mal sollicité. La sortie de « Mes rêves » était accompagnée d'une série de street-clips, les « Fresheures », afin de « buzzer » avant la date fatidique. L'épisode 7 de la série (voir vidéo ci-dessous) est celui qui fera le plus d'effet : une collaboration Fresh/S.Pri sur une face B de Nicky Minaj, dans lequel les deux « frères de son » se livrent à un passe-passe très technique, impressionnant de facilité. Nul doute que Fouiny et Fif espéraient retrouver cette alchimie sur leurs projets respectifs : « Pour la petite anecdote, ce son a été écrit en 30 minutes ! C'est vraiment un délire, sans prétention, dans lequel chacun répond à la phase de l'autre. Musicalement, on se trouve parfaitement, et tant mieux si les gens ont apprécié. ».

ETAT D'ESPRIT

Outre ces invitations, S.Pri sort une net tape téléchargeable gratuitement (sur le site www.sprinoir.com), début 2012 : « En attendant Etat d'esprit ». Ce projet solo, qu'il avait mis entre parenthèses, voit finalement le jour, et est très bien reçu par le public. Toujours très humble, le MC rappelle qu'il est en phase de construction et semble presque surpris des retours positifs qui lui sont parvenus : « Ça me fait plaisir, et à vrai dire, ça me soulage même. Jusqu'à présent, j'ai plutôt été dans l'ombre, donc si les gens valident ce premier essai, ça veut dire que je peux continuer ! », plaisante-t-il. « Mais je suis réaliste : il y a encore beaucoup, beaucoup de taff. Je n'ai rien prouvé et surtout, je n'ai encore aucun classique à mon actif. ». Cette tape est accompagnée de quelques clips, qui eux aussi trouvent un bon écho dans l'opinion publique. De bonne augure pour la suite, notamment la mixtape « Etat d'esprit », sur laquelle il travaille actuellement. Autant la net tape est un délire, sur des faces B US, une sorte de carte de visite « à l'américaine », autant la mixtape n'inclura que des productions originales, et quelques morceaux à thèmes, ce qui implique une certaine maturation artistique : « Je ne préfère pas m'avancer sur une date, mais ça sera en 2012. ».

« NEW-YORK, NEW-YORK »

En témoignent les nombreux anglicismes qu'il utilise dans ses gimmicks (l'habituel « Modafuck' », par exemple, qui ponctue régulièrement ses phases), notre MC est bousillé par le rap américain, et dans une décennie pourtant très South, il reste un adepte de bon gros son New-Yorkais. Je vous vois venir : vous l'imaginez en train de se buter au son de Queens, de Mobb Deep à Cormega, en passant par Nas. Pourtant, cette période QB n'est pas son terrain de prédilection, lui, le fervent supporter du Dipset, qui apprécie également les Fat Joe, 50 Cent ou autre Fabolous : « Mon but ultime, c'est de signer chez Dispet. », rigole-t-il. « Parfois, quand le rap me prend la tête et que j'ai envie de tout lâcher, je me rappelle que si je stoppe, je ne pourrai jamais signer chez eux ! Je me suis même forcé à apprendre l'anglais pour les comprendre.». Le rap français est arrivé dans ses oreilles plus tard. Étant jeune, il se contentait des tubes du moment : Stomy, Passi, Gynéco, sans pour autant chercher à creuser plus. « Je n'écoutais que ce qu'on me donnait, le haut de l'iceberg en quelque sorte. ». Une fois le micro en main, impossible pour lui de ne pas connaître ses classiques. Son ami Youssou lui fera donc son éducation sur le tard, notamment en lui faisant découvrir les X-Men : « En écoutant Ill, j'ai littéralement pété un plomb. Cette ambiance NY, ce qu'il racontait, son flow... je m'y retrouve complètement. En plus, il vient de chez moi. », me confie-t-il. « S'il avait continué à être productif, en terme de rap pur, pour moi, il serait aujourd'hui au niveau de Booba. ». Apprécie-t-il le rap français du moment ? « Rohff, La Fouine, Booba », affirme-t-il, catégorique. « Rohff pour le message qu'il véhicule, dans lequel chaque mec de cité peut se reconnaître. La Fouine, pour l'empire qu'il a su construire autour de lui. Et Booba... toi-même tu sais ! », rigole-t-il. « Sinon sur le plan artistique, j'aime beaucoup Nubi, pour le flow et l'ambiance new-yorkaise qu'il ramène. Et Salif qui est très fort. ».

Actuellement, un terme revient souvent lorsque l'on mentionne S.Pri et les rappeurs de sa génération (Sadek, Fababy, Leck, Guizmo ou encore Sultan, pour ne citer qu'eux) : la « relève ». Un terme que n'apprécie guère notre compère. « Aux Etats-Unis, ils parlent des « Freshmen ». Je préfère ce mot, qui est plus concret. Je ne ressens aucune pression, mais pour moi, il n'y aura pas de nouveau B2O, de nouveau Rohff, etc. Parler de relève me semble peu approprié, sauf si on l'applique à l'ensemble du rap game français. Mais pas d'amalgame, ça reste un honneur ! ».

LA SUITE ?

Prochaine étape donc « Etat d'Esprit », mais ensuite ? Notre rappeur réfléchit à un album, mais préfère rester mesuré : « Un album, dans une carrière, c'est vraiment quelque chose d'important. Tu t'y livres, tu te mets à nu, et tu t'exposes à des critiques parfois infondées, de gens qui ne te connaissent même pas. Il faut être prêt et mûr. J'y pense... Mais tout dépendra réellement de l'accueil qui sera réservé à la mixtape. » Pour patienter, vous pourrez (re)découvrir son rap à la fois technique et assonant, un rap au feeling, parfois revendicateur mais jamais égocentrique, un rap qui préfère le « on » que le « je ». Preuve en est sa punchline préférée : « Ce n'est pas parce qu'on se serre la main qu'on se serre les coudes. ». Et que notre phaseur des X-Men, cité plus haut, se sente rassuré : « Fougères, Porte de Menilmontant, comme Ill, j'me fais pas de bile, on a béni mon clan ! ». La passation de témoin s'opère... affaire à suivre !

 

Peace !

Renaud M.

 

Voir aussi :